Théorie de la consommation et de l'épargne
Théorie de la consommation et de l'épargne
La théorie de la consommation et de l'épargne constitue un pilier fondamental de la macroéconomie. Elle s'attache à analyser les mécanismes décisionnels régissant le comportement des ménages, ainsi que les interactions complexes entre ces deux variables et le revenu national. La consommation représente une composante majeure de la demande agrégée, tandis que l'épargne sert de source cruciale à l'accumulation du capital. L'équilibre entre ces deux forces influence directement les fluctuations économiques à court terme et la croissance à long terme. Le point d'analyse central repose sur l'équation fondamentale du revenu disponible : $Y = C + S$, où $Y$ désigne le revenu disponible, $C$ la consommation et $S$ l'épargne.
I. L'hypothèse du revenu absolu de Keynes
Proposée dans La théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de l'argent, cette théorie moderne a marqué un tournant. Son principe fondamental stipule que la consommation est déterminée par le revenu disponible absolu actuel.
Points clés de la théorie
- Loi de la propension marginale à consommer (PMc) : Elle mesure l'augmentation de la consommation provoquée par une unité supplémentaire de revenu. Keynes postule que cette propension est strictement comprise entre 0 et 1, et qu'elle présente une tendance décroissante. Les ménages à faible revenu consacrent une plus grande part de leurs accroissements de revenus à la consommation, alors que les hauts revenus préfèrent épargner davantage.
- Loi de la propension moyenne à consommer (PMa) : Elle correspond au ratio entre la consommation et le revenu disponible. Cette valeur diminue également avec le revenu et est toujours supérieure à la PMc en valeur absolue ($PMa > PMc$).
- Forme de la fonction de consommation : Elle se présente généralement sous forme linéaire : $C = C_0 + cY_d$. Ici, $C_0$ représente la consommation autonome, nécessaire même sans revenu (nourriture, logement), tandis que $c$ est la PMc.
Limites et implications
Bien que cette hypothèse explique bien les recessions courtes via la notion de demande effective insuffisante, elle échoue à rendre compte des phénomènes de consommation sur le long terme, où la PMa ne suit pas nécessairement une tendance descendante continue.
II. L'hypothèse du revenu relatif de Duesenberry
Cette théorie surmonte la limite du déterminisme par le revenu actuel en introduisant des effets psychologiques sociaux.
Concepts centraux
- Effet de démonstration : Les décisions de consommation sont influencées par le niveau de vie des groupes environnants. Les ménages à faible revenu imitent les comportements des aisés, réduisant leur épargne pour maintenir un niveau de consommation élevé, même si leur revenu ne s'est pas accru.
- Effet de la vis d'araignée (Ratchet effect) : La consommation est irréversible. Lorsqu'un récession touche, les ménages privilégient le maintien de leur niveau de consommation passé, réduisant l'épargne ou contractant des dettes. Cela explique pourquoi la consommation ne chute pas brutalement lors des crises.
III. L'hypothèse du revenu permanent de Friedman
Friedman distingue le revenu permanent (stable, lié au salaire ou aux loyers) du revenu transitoire (aléatoire, comme les primes ou les lots). Sa thèse centrale affirme que la consommation est déterminée par le revenu permanent.
Dynamique du comportement des ménages
- Contrairement aux revenus transitoires, dont la propension marginale à consommer est proche de zéro (tendance à l'épargne), le revenu permanent détermine un niveau de consommation stable.
- Les ménages ne boostent leur consommation que s'ils estiment que le revenu transitoire deviendra durable. Par conséquent, des réductions fiscales temporaires ou des transferts ponctuels ont un impact limité sur la demande agrégée. Seules les politiques assurant une croissance stable du revenu sont efficaces.
IV. L'hypothèse du cycle de vie de Modigliani
Cette approche analyse la planification de la consommation sur l'ensemble de la durée de vie du ménage.
Structure de la vie et stratégie d'épargne
Le cycle se divise en trois phases : la jeunesse (endettement pour consommer), l'âge mûr (épargne maximale) et la retraite (déploiement des épargnes). La fonction de consommation dépend de la richesse totale, incluant les biens publics et l'immobilier, plutôt que du seul revenu courant.
Conséquences macroéconomiques
La structure démographique joue un rôle crucial. Une population vieillissante peut réduire le taux d'épargne sociale, affectant ainsi l'accumulation du capital et la prospérité future. Des politiques de sécurité sociale robustes, telles que les retraites, permettent de réduire l'épargne précautionneuse et de stimuler la consommation actuelle.
V. Facteurs influençant la consommation et l'épargne
Au-delà du revenu, d'autres variables modulent ces choix :
- Le taux d'intérêt : Il exerce un effet de substitution (l'épargne devient plus attractif) et un effet de revenu. L'impact net dépend de la force relative de ces deux forces.
- L'inflation et les prix : Une hausse des prix réduit le revenu réel. Une déflation ou l'attente d'une forte inflation incite à consommer tout de suite plutôt qu'à épargner.
- L'épargne précautionneuse : L'incertitude liée au chômage ou aux dépenses imprévues (santé, éducation) pousse les ménages à augmenter leur épargne.
- L'effet de richesse : La valorisation des actifs immobiliers ou boursiers augmente la richesse perçue, stimulant la consommation.
VI. Lien avec la croissance économique
La relation entre ces variables et le développement économique présente deux facettes temporelles distinctes :
- Court terme : La consommation est le moteur de la demande agrégée. Un excès d'épargne peut entraîner un déficit commercial ou une stagnation de la production.
- Long terme : L'épargne alimente l'investissement en capital. Une politique budgétaire ou politique monétaire favorable doit trouver un équilibre : un taux d'épargne trop faible prive l'économie de capital, tandis qu'un taux trop élevé freine la consommation actuelle. L'objectif est un taux d'épargne modéré, suffisant pour la croissance mais pas au point de compromettre le bien-être immédiat.