Théorie de l'investissement

Théorie de l'investissement

La théorie de l'investissement constitue un pilier fondamental de la macroéconomie. Son cœur de recherche explore les mécanismes décisionnels et les facteurs influençant les investissements des entreprises et des ménages, ainsi que l'interaction entre ces investissements, le produit intérieur brut (PIB), les cycles économiques et la croissance économique. En tant que composante vitale de la demande agrégée, calculée par l'approche des dépenses ($GDP = C+I+G+NX$), l'investissement agit simultanément comme la source de l'accumulation du capital et comme un déclencheur majeur des cycles économiques. À long terme, sa croissance représente le moteur principal de l'expansion économique.

Il est important de distinguer l'investissement réel, qui concerne l'achat d'actifs physiques comme le parc fixe des entreprises, les stocks de marchandises ou le logement, de l'investissement financier.

I. Théorie de la détermination de l'investissement de Keynes

La théorie de Keynes pose les fondements de l'analyse macroéconomique de l'investissement. Elle souligne que l'investissement est déterminé par la comparaison entre l'efficacité marginale du capital et le taux d'intérêt du marché.

1. Concepts clés

L'efficacité marginale du capital (MEC) correspond au taux d'actualisation auquel la valeur présente des recettes attendues équilibre le coût de revient de l'actif. Elle reflète les attentes des entreprises sur la rentabilité. Selon Keynes, la MEC présente une tendance décroissante : à mesure que l'échelle des investissements s'agrandit, le coût des biens de capital augmente et les prix des produits tendent à baisser, réduisant ainsi les rendements espérés.

Le taux d'intérêt du marché ($r$) représente le coût d'opportunité de l'investissement. Il s'agit du coût financier des fonds propres ou des prêts empruntés.

2. Critère de décision

Une entreprise investira si et seulement si $MEC \geq r$.

  • Si $MEC > r$, le projet est lucratif et l'investissement augmente ;
  • Si $MEC < r$, le projet entraîne des pertes et l'investissement diminue ;
  • Si $MEC = r$, l'équilibre est atteint.

Cela dérive une fonction d'investissement : $I = I_0 - dr$. Ici, $I_0$ désigne l'investissement autonome, $d$ est la sensibilité au taux et $r$ est le taux d'intérêt. Cette relation inverse est cruciale.

3. Le rôle des attentes

Keynes insiste sur l'instabilité des attentes des entrepreneurs. Une optimisme économique élevé augmente la MEC, tandis qu'un pessimisme réduit l'investissement. Cette volatilité des attentes explique les fluctuations brutales observées.

II. La théorie q de Tobin

La théorie q de Tobin lie les prix des marchés financiers aux investissements réels. Elle suggère que les entreprises investissent lorsque la valeur de marché de l'entreprise dépasse le coût de remplacement de ses actifs.

Le taux $q$ est défini comme : $q = \frac{\text{Valeur de marché}}{\text{Coût de remplacement}}$.

  • Si $q > 1$, l'entreprise peut se refinancer au marché pour acquérir de nouveaux actifs à moindre coût, stimulant ainsi l'investissement.
  • Si $q < 1$, l'acquisition directe d'entreprises existantes devient plus avantageuse que l'investissement interne.

Cette théorie révèle que la politique monétaire, en influençant les cours boursiers, peut indirectment stimuler l'activité des entreprises.

III. Le modèle de l'accélérateur

L'accélérateur analyse les fluctuations de l'investissement par rapport aux variations du niveau de production. Son principe central stipule que l'investissement ne dépend pas du niveau de production, mais de son taux de croissance.

L'accélérateur ($v$) est le ratio capital-produit nécessaire pour produire une unité de bien. Si la production augmente ($\Delta Y$), le stock de capital doit augmenter proportionnellement ($\Delta K = v \cdot \Delta Y$).

  • Une accélération de la croissance de la production entraîne une augmentation rapide des investissements.
  • Une décélération de la croissance, même avec une production positive, provoque une chute brutale des investissements.

Souvent combiné à l'effet multiplicateur de Keynes, ce modèle explique le mécanisme des cycles économiques : une croissance rapide déclenche des investissements massifs qui, via le multiplicateur, amplifient la demande agrégée, tandis qu'un ralentissement provoque une contraction similaire.

IV. Autres facteurs déterminants

Outre les taux d'intérêt et les attentes, l'investissement est influencé par :

  • Les politiques fiscales : les crédits d'impôt et les réductions de taxes stimulent l'activité, tandis qu'une hausse des taux la freine.
  • Les contraintes de financement : un resserrement de la crédit empêche les PME d'investir malgré la rentabilité de leurs projets.
  • Le progrès technologique qui crée de nouvelles opportunités d'investissement.
  • L'incertitude concernant les politiques publiques ou les prix des matières premières, qui incite au prudence et au report des projets.

V. Relation avec la macroéconomie

À court terme, l'investissement, étant le composant le plus volatile de la demande agrégée, agit comme le "moteur" des cycles de prospérité et de récession. À long terme, l'accumulation de capital, soutenue par les investissements, est un facteur clé de la croissance économique, en complément du travail et de la technologie. L'avantage comparatif et les économies d'échelle jouent également un rôle dans l'efficiency des stratégies d'investissement à l'échelle mondiale.