Néokeynésianisme : adopter l'hypothèse de non-clearing du marché du keynésianisme, en introduisant des fondements microéconomiques (coûts de menu, salaires de performance)
Le néokeynésianisme s'est imposé comme une évolution majeure de la théorie macroéconomique au cours des années 1970. Il ne se contente pas de reprendre les idées de John Maynard Keynes, mais il cherche à les ancrer dans des fondements microéconomiques solides. Contrairement à l'économie classique qui suppose que les marchés sont parfaitement compétitifs et que les prix s'ajustent instantanément pour rétablir l'équilibre, le néokeynésianisme introduit des imperfections structurelles. Cette approche est devenue essentielle pour comprendre les fluctuations économiques dans un contexte de mondialisation, où les interactions financières sont complexes et les interventions politiques soumises à des contraintes institutionnelles.
L'hypothèse de non-clearing : une rupture avec l'économie classique
Au cœur de cette nouvelle théorie réside l'hypothèse de non-clearing du marché. Cette notion postule que les marchés ne sont pas toujours capables d'absorber toute l'offre et la demande sans laisser des résidus importants. L'économie classique, elle, repose sur l'idée que le mécanisme de marché fonctionne automatiquement pour corriger tout déséquilibre. Or, le néokeynésianisme démontre que des facteurs externes, tels que l'asymétrie de l'information, les externalités et les rigidités des prix, empêchent ce processus d'auto-régulation.
Cette perspective est particulièrement pertinente lors des crises financières. Le modèle classique, souvent trop rigide, peine à expliquer la propagation des chocs économiques. Par exemple, lors de la crise de 2008, les modèles traditionnels ont échoué à prédire l'ampleur de la déflation et de la stagnation du produit intérieur brut (PIB). L'hypothèse de non-clearing permet de comprendre pourquoi les liquidités disponibles n'ont pas suffi à fluidifier les marchés, créant ainsi des situations de déficit de liquidités persistantes.
De plus, cette hypothèse met en lumière le rôle dynamique des attentes. Dans la théorie classique, les agents sont souvent considérés comme rationnels et passifs. Le néokeynésianisme, en revanche, souligne que les attentes peuvent devenir une force autonome. Les agents forment leurs prévisions basées sur des biais comportementaux et des données incomplètes, ce qui peut entraîner des prophéties auto-réalisatrices. C'est ainsi que des malentendus sur les taux d'intérêt futurs ou la valeur des actifs peuvent déstabiliser l'économie, même en l'absence de chocs exogènes majeurs.
Les fondements microéconomiques : coûts de menu et salaires de performance
Pour opérationnaliser cette théorie, le néokeynésianisme intègre des concepts microéconomiques précis qui expliquent la rigidité des marchés. Deux notions sont fondamentales : les coûts de menu et les salaires de performance (ou efficiency wages).
Les coûts de menu désignent les dépenses réelles que les entreprises doivent supporter pour modifier leurs prix. Cela inclut l'impression de nouveaux catalogues, la mise à jour des contrats ou la communication aux clients. Même si une entreprise souhaite ajuster ses prix pour optimiser son avantage comparatif ou maximiser son profit, le coût administratif de cette modification peut être prohibitif. Cela explique pourquoi les prix restent figés (rigidité des prix) pendant de longues périodes, empêchant le marché de se rééquilibrer rapidement. Cette inertie des prix est cruciale pour analyser l'efficacité de la politique monétaire ; si les banques centrales augmentent les taux d'intérêt, l'impact sur l'activité économique peut être atténué tant que les prix des biens ne s'ajustent pas.
En parallèle, la théorie des salaires de performance explique pourquoi les entreprises paient des salaires supérieurs au niveau du marché. Ce phénomène n'est pas seulement une question de coût du travail, mais un outil stratégique pour améliorer la productivité et réduire le taux de turnover. En payant mieux, les entreprises incitent les employés à travailler plus dur, à développer leurs compétences et à rester fidèles à l'organisation. Cette logique est essentielle pour comprendre les dynamiques du marché du travail, notamment pendant des périodes de crise comme celle de 2020. Les entreprises ont dû maintenir des niveaux de rémunération élevés pour éviter le désengagement de leurs équipes, illustrant l'importance de ces salaires pour la stabilité de l'emploi et la transmission de la politique budgétaire.
Implications pour les politiques économiques et le rôle des attentes
L'adoption de ces fondements microéconomiques transforme radicalement la conception des politiques publiques. Si l'économie classique suggérait que les régulateurs pouvaient agir sans frein, le néokeynésianisme rappelle que les interventions sont limitées par les imperfections du marché. La politique monétaire et la politique budgétaire doivent donc être conçues de manière plus nuancée, en tenant compte des délais de transmission et des coûts de réajustement.
Les attentes jouent un rôle central dans cette nouvelle vision. La banque centrale ne peut plus agir uniquement sur l'inflation ou le taux de chômage, mais doit également anticiper comment les agents vont réagir à ses annonces. Par exemple, les politiques d'assouplissement quantitatif de la Banque du Japon dans les années 2010 ont été influencées par la nécessité de gérer les attentes futures sur les taux de change et les prix. De même, la réponse de la Réserve fédérale américaine à la pandémie de 2020 a reposé sur une compréhension fine de la manière dont les salaires et les revenus sont déterminés dans un contexte de chômage élevé.
Enfin, l'intégration de ces principes exige une rigueur accrue dans la recherche empirique. Les économistes doivent désormais analyser des données précises sur les coûts de menu et les structures salariales pour affiner leurs modèles. Cette approche permet de mieux prédire les effets des chocs économiques et de concevoir des stratégies de diligence raisonnable pour les régulateurs. Dans un monde où la réglementation et les contraintes institutionnelles sont omniprésentes, la capacité à modéliser ces réalités est la clé pour assurer une prospérité durable. Le néokeynésianisme offre ainsi un cadre robuste pour naviguer dans la complexité de l'économie mondiale contemporaine, en reconnaissant que les marchés ne sont jamais parfaitement fluides.